Chroniques: Éclairer, mobiliser, espérer

Bienvenue dans mes Chroniques — un espace où je partage mes lectures du monde congolais, mes réflexions sur la souveraineté, mes récits de diaspora et mes analyses citoyennes. Ici, chaque texte est une tentative de comprendre, de relier et de donner du sens. J’écris pour éclairer, pour mobiliser, pour préserver la dignité de nos luttes et la beauté de nos espérances. Ces chroniques sont des ponts : entre le vécu et l’histoire, entre la diaspora et le pays, entre l’intime et le collectif.

L’avantage d'être bien entouré au quotidien

C'est également ici que notre aventure puise son inspiration et ne cesse de s'enrichir. Notre environnement est inondé de préoccupations sociétales et de réflexions en quête de l'amélioration des conditions de vie des Congolais, de la démocratie et de l'état de droit pour le pays ainsi que de la bonne gouvernance génératrice des performances dans l'espoir du décollage préconisé par Lumumba. Rejoignez-moi par la lecture et le débat pour grandir dans les perspectives d'atteindre des sommets, ensemble. Au vu de la qualité et de la richesse humaine de mon entourage, je suis déjà très heureux et reconnaissant d'être un privilégé. Soyez ici pour faire partie de mon histoire.

Philémon Mukendi Nkonko, penseur de la décolonisation

Philosophe et sociologue, Philémon Mukendi Nkonko est une voix intellectuelle essentielle de la pensée politique congolaise contemporaine. Son œuvre rigoureuse explore les fondements moraux, historiques et politiques de la souveraineté africaine, articulant exigence scientifique, profondeur éthique et engagement citoyen. Dans L’utopie de Lumumba : Entre mémoire et projet de refondation, il révèle la cohérence intellectuelle de Patrice Emery Lumumba, le positionnant comme un architecte moral et penseur de la souveraineté et de l’unité. Mukendi Nkonko invite à transformer l’héritage lumumbiste en programme de refondation et en éthique de responsabilité. Son écriture précise est un repère pour quiconque s’intéresse à la pensée politique africaine et aux défis contemporains de la RDC.

Authenticité et profondeur

J’écris avec mon propre ton, mon propre vécu, ma propre sensibilité. Chaque chronique est imprégnée d’authenticité, offrant une perspective unique et profondément personnelle sur les sujets abordés. Mon objectif est d'aider à comprendre ce qui se joue derrière les événements, avec clarté et profondeur.

Engagement et humanité

Je ne suis pas neutre : je suis impliqué, responsable, mobilisé. Mes chroniques reflètent cet engagement, tout en parlant du Congo, des personnes, des émotions et des trajectoires. L'humanité est au cœur de chaque récit, créant un lien continu avec nos luttes et nos espoirs. Je construis une pensée durable, chronique après chronique.

Explorer la politique, la société et l'humanisme

Mes chroniques abordent des sujets variés tels que la politique, la société, la culture et l’humanisme. Elles sont destinées aux personnes engagées et mobilisées en faveur d'un monde plus équitable, plus pacifique, plus solidaire et plus humain. « Écrire pour comprendre. Comprendre pour agir. » est ma signature, ainsi que « Chroniques d’un Congo qui se relève » et « Fragments de souveraineté, récits de diaspora ».

Asymétrie qui dévore la Nation congolaise : Rwanda, Ouganda et la bataille pour la Constitution

Pourquoi le Rwanda est-il désigné à juste titre comme l'ennemi absolu, tandis que l'Ouganda, acteur peut-être plus grand encore du pillage et condamné par la CIJ pour violations massives des droits de l'homme et pillage des richesses du Congo, jouit d’énormes largesses et reste un partenaire ménagé par Kinshasa ? Cette souveraineté sélective cache des calculs financiers et politiques majeurs...

L’asymétrie comme outil narratif dans le débat constitutionnel

C’est ici que la géopolitique rencontre la bataille constitutionnelle.

En désignant le Rwanda comme l’ennemi central, le pouvoir peut dire :

“Nous sommes en guerre. Nous défendons la souveraineté. Nous avons besoin de stabilité prolongée pour finir la reconquête.”

La menace extérieure devient un argument intérieur. La peur devient un levier politique. La souveraineté devient un prétexte pour prolonger le mandat, affaiblir les contre‑pouvoirs, concentrer le pouvoir.

Pendant ce temps, le pillage ougandais — massif, structuré, silencieux — reste hors du champ de l’indignation populaire.

L’asymétrie n’est pas seulement diplomatique. Elle est constitutionnelle.

 

La souveraineté sélective : comment le Rwanda sert de paratonnerre et l'Ouganda de partenaire standard

Pourquoi le Rwanda est-il désigné à juste titre comme l'ennemi absolu, tandis que l'Ouganda, acteur peut-être plus grand encore du pillage et condamné par la CIJ pour violations massives des droits de l'homme et pillage des richesses du Congo, jouit d’énormes largesses et reste un partenaire ménagé par Kinshasa ? Cette souveraineté sélective cache des calculs financiers et politiques majeurs...

Quand la lucidité devient un acte de résistance

Face aux crises qui secouent la RDC, une nouvelle conscience citoyenne s’affirme, patiente mais déterminée.

Il y a des moments où une nation semble respirer autrement. Où, malgré le bruit des armes, les manœuvres politiques et les récits imposés, quelque chose se déplace dans le cœur du peuple. La RDC traverse l’un de ces moments.

Ce n’est pas seulement une crise. C’est une mise à nu : celle des complicités internes, des arrangements silencieux, des élites qui ont troqué la souveraineté contre des intérêts privés. Mais c’est aussi — et surtout — l’émergence d’une parole nouvelle, plus ferme, plus exigeante, plus lucide.

Cette chronique ouvre un espace pour cette parole. Un espace où l’on peut nommer ce qui étouffe, analyser ce qui manipule, et imaginer ce qui libère. Un espace où la pensée devient un acte de résistance, et où la résistance devient un projet collectif.

Car la vraie transformation ne viendra ni de Washington, ni de Bruxelles, ni de New York. Elle viendra d’ici : de la capacité des Congolais à regarder en face leurs propres failles, à rompre avec les logiques de prédation, et à reconstruire un horizon commun.

Cette chronique est un premier pas. Un appel à la lucidité, à la responsabilité, et à la dignité. Un rappel que la souveraineté n’est pas un slogan : c’est une discipline, une construction, une fidélité à soi.

Démission de Tshilombo ou abandon de son projet de changer la Constitution

 

Eviter élimination de Fayulu c'est investir dans un autre avenir pour le Congo que la kakistocratie de Tshilombo

Cette tribune ne vise ni la dramatisation ni la personnalisation de la peur.
Elle cherche à rappeler que la sécurité des acteurs politiques est un indicateur de la santé d’une République.
Le Congo ne peut plus se permettre de perdre ses leaders par silence, indifférence ou fatalisme.
Protéger les vivants, c’est sauver les idées.
Et sauver les idées, c’est sauver la nation.

Après sacrifice de Lumumba sauver Fayulu c’est protéger vision - projeter la victoire

Congo a déjà offert trop de martyrs à l'Histoire, il a désormais besoin de bâtisseurs vivants. Leader mort devient icône que le temps pétrifie et que régime en place récupère par des hommages hypocrites. Leader éclairé vivant, compétent et protégé est une stratégie persévérante de conquête et d'exercice lucide du pouvoir. Protéger Président Elu Martin Fayulu est un enjeu national !

Pourquoi la survie des leaders politiques congolais est un enjeu de souveraineté et survie de Fayulu un enjeu national ?

Depuis plus de soixante ans, la République Démocratique du Congo (RDC) est le théâtre d'une tragédie politique répétitive : l'élimination systématique de ses esprits les plus éclairés avant qu'ils ne puissent traduire leurs visions sociétales en institutions étatiques pérennes. De l'assassinat fondateur de Patrice-Émery Lumumba à la disparition brutale de Pierre Mulele, du martyre de militants des droits humains et civiques tels que Floribert Chebeya et Rossy Mukendi, jusqu’aux persécutions subies par des figures contemporaines comme Guillaume Lubaya, Eugène Diomi Ndongala ou plus récemment encore Chérubin Okende Senga et Serge Welo, la liste des trajectoires brisées par la violence répressive d'État, la détention arbitraire, l'exil forcé ou l'assassinat politique ressemble à une incessante litanie nationale du deuil. A quand la fin ?

Pourtant, à chaque figure politique neutralisée, le Congo perd infiniment plus qu'un homme ou une femme : il perd une trajectoire historique spécifique, une grille d’analyse, de conquête ou de défense de la souveraineté, un réseau d’alliances internationales, des archives stratégiques et l’espoir d’une alternance fondée sur un projet de société structuré. Alors que le Président Elu Martin Fayulu - dont la légitimité populaire issue du scrutin de 2018 avait été largement documentée par la mission d'observation électorale de l'Église catholique (CENCO) - alerte publiquement sur l'existence de menaces directes contre son intégrité physique, la conscience collective congolaise ne peut se résoudre au fatalisme. Cette mémoire du sang doit désormais servir de levier de transformation : au Congo, si les martyrs ont droit aux hommages de la Nation, leurs projets politiques, eux, sont trop souvent enterrés avec eux…

La tragédie du martyre systématique : l'incessant recommencement congolais

Oui, l'histoire politique congolaise révèle un paradoxe spécialement cruel : les régimes autoritaires et les systèmes de prédation passent, mais la stratégie d'annihilation des élites et de rupture prospère. Chaque élimination crée un vide politique béant que la médiocrité institutionnelle s'empresse de combler.

L’héroïsme sacrificiel, bien qu’admirable sur le plan moral, a coûté au Congo ses cadres dirigeants les plus compétents. La disparition d’un leader politique majeur entraîne la dispersion de ses équipes, la déstructuration des partis, la perte de la mémoire stratégique et la déconnexion des réseaux diplomatiques bâtis au fil des années. La Nation est alors condamnée à un perpétuel recommencement, contrainte de reconstruire une opposition à partir de zéro, pendant que le système contesté consolide ses emprises et assure sa pérennité.

Aujourd’hui, l’accumulation des condamnations à mort à l'issue d'audiences expéditives, la multiplication des prisonniers d'opinion, la judiciarisation du champ politique et les intimidations ciblées ne constituent pas des incidents isolés. Elles sont les manifestations structurelles d'un environnement où l'État de droit demeure instrumentalisé et où la sécurité des acteurs démocratiques n'est aucunement garantie. Dans un tel contexte, la menace publiquement exprimée par un leader d'envergure n'est pas une figure de dramatisation : c'est une lecture lucide d'un système politique historiquement criminogène.

Les élites disparaissent, mais les médiocres et assassins, qui les ont éliminées, rayonnent. Lumumba assassiné, Mulele exécuté, Chebeya étouffé, Rossy Mukendi abattu, Diomi Ndongala brisé par des années de détention… Chaque disparition a cassé une stratégie particulière de conquête de souveraineté et de gouvernance jamais remplacée. Ainsi, le Congo a manqué la continuité politique qui permet à une vision de mûrir, de se structurer, de se transmettre.

Déplacer la menace : la publicité comme bouclier et la survie comme devoir

En dénonçant publiquement les périls qui pèsent sur sa vie, le Président Elu Fayulu n'opère pas une démarche de victimisation, mais pose un acte de haute stratégie politique. Porter la menace sur la scène publique internationale vise à transformer l'ombre en lumière, augmentant forcément le coût politique et diplomatique d'un éventuel passage à l'acte pour ses piteux commanditaires.

Ce choix s'inscrit dans la compréhension d'une vérité fondamentale : la survie d'un leader n'est pas une question d'auto-préservation personnelle, mais un devoir de responsabilité civique envers le pays et peuple qui portent ses idées.

L'Histoire universelle enseigne que la résistance victorieuse prospective n'exige pas l'exposition physique téméraire ou l'immolation héroïque face à un appareil répressif disproportionné. Des figures majeures de la Libération des peuples - du Général Charles de Gaulle orchestrant la Résistance française depuis Londres, à Nelson Mandela théorisant la continuité du combat depuis la prison, en passant par Kwame Nkrumah ou d'autres bâtisseurs de la souveraineté africaine - ont toutes compris que la conservation du leadership est la condition sine qua non de la victoire finale. S'abriter, se redéployer ou contourner l'affrontement physique direct n'est pas une capitulation ou une faiblesse, mais une manœuvre tactique destinée à modifier le rapport de force.

Oui, l’Histoire retient et témoigne également que Lénine, Khomeini, ainsi que d’autres figures célèbres ont mené leur combat politique depuis l’exil avant de revenir triomphalement au pays. Leur trajectoire nous enseigne trois vérités :

  1. Ils ont survécu parce qu’ils ont quitté leur pays au moment critique ;
  2. Ils ont construit leur mouvement victorieux depuis l’extérieur ;
  3. Ils sont revenus quand le rapport de force leur était favorable…

Ils ont choisi la vie plutôt que le sacrifice. Ils ont compris que la survie est une condition du succès politique conjecturé. Le Congo doit aussi méditer cette leçon : la Résistance n’oblige pas l’exposition physique. Elle requiert la survie…

Les piliers d'une Résistance moderne, intelligente et victorieuse

La politique moderne ne se mesure plus à la seule présence physique sur un territoire verrouillé par les contraintes sécuritaires. Elle s'articule désormais autour d'une stratégie globale d'influence, de réseau et de doctrine. Pour préserver ses leaders tout en amplifiant l'impact de son combat, la Résistance citoyenne et politique congolaise doit reposer sur sept piliers fondamentaux :

  1. La documentation rigoureuse et la judiciarisation internationale : enquêter, recueillir et archiver méthodiquement les violations des droits humains et des libertés publiques dès qu’elles se produisent afin d'alimenter les juridictions internationales et de briser l'impunité ;
  2. Le plaidoyer diplomatique de haut niveau : mobiliser les chancelleries, les institutions multilatérales et les centres de décision mondiaux en dénonçant répression et dérives autoritaires pour isoler les tyrannies ;
  3. L'engagement stratégique de la Diaspora : transformer par structures faîtières la communauté congolaise de l'étranger en véritable bras armé financier, intellectuel, médiatique et diplomatique de la Résistance ;
  4. Le maintien du lien organique avec le front de terrain : assurer, grâce aux technologies de l'information et au travail des relais militants locaux, une présence intellectuelle et politique continue au cœur des masses (ligues des femmes, mouvements des jeunes, associations générationnelles, mouvements citoyens etc..), même en cas de contrainte géographique ;
  5. La doctrine et le projet de gouvernance : remplacer les slogans par des programmes de réformes institutionnelles, économiques et sociales inattaquables et prêts à être déployés dès que l'alternance est possible ;
  6. L'unité d'action et les alliances stratégiques : dépasser les querelles d'égos et de clocher pour bâtir un grand front commun des forces vives de la Nation, à l'intérieur comme à l'extérieur des frontières nationales ;
  7. La sécurité opérationnelle et la communication disciplinée : avec les outils modernes et leur mise à jour persévérante, protéger l'intégrité physique, numérique et informationnelle des cadres du mouvement…

Pour une politique de survie, pas de sacrifice ! Le Congo n’a pas besoin d’un nouveau martyr ; encore moins en la personne du Président Elu Fayulu. Le pays a plutôt besoin de leaders vivants, capables de négocier, de corriger, de rassembler, de construire. Dans cette optique, Fayulu est un don pour le Congo. Un leader mort est un symbole. Un leader vivant est une stratégie de conquête !

Protéger les vivants pour concrétiser des visions à même de sauver la Nation

Le Congo a déjà offert trop de martyrs à l'Histoire ; il a désormais besoin de bâtisseurs vivants. Un leader mort devient une icône que le temps pétrifie et que le pouvoir en place finit souvent par récupérer par des hommages hypocrites. Un leader confirmé en vie, lucide et protégé est un projet de société et une ambition structurée, permanente de conquête et d'exercice du pouvoir.

Protéger Président Elu Martin Fayulu et l'ensemble des figures de proue de l'alternance démocratique n'est ni un privilège ni un luxe partisan, c'est l’acte de préservation du patrimoine politique national. La Résistance congolaise doit être intelligente, structurée et durable, et non sacrificielle. C'est à cette seule condition que les idées de justice, de dignité et de véritable souveraineté cesseront d'être enterrées avec ceux qui les portent pour enfin devenir des réalités institutionnelles et l’ambition communautaire agissante du Congo.

Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

 

Protéger les leaders politiques congolais vivants pour qu'ils concrétisent leur vision d'un Congo prospère

#ProtégerNosLeaders #PasUnMartyrDePlus #RésistanceIntelligente #CongoSurviePolitique #SécuritéDesOpposants #JusticeEtDignité #DiasporaEnVigilance

 

  • Un leader mort est un symbole. Un leader vivant est une stratégie.

  • Le Congo n’a plus besoin de funérailles politiques. Il a besoin de continuité.

  • La survie n’est pas une fuite : c’est une discipline politique.

  • Protéger les leaders, c’est protéger la République.

  • La lumière protège : rendre la menace publique, c’est neutraliser le danger.

Le Congo a déjà offert trop de martyrs à l'Histoire ; il a désormais besoin de bâtisseurs vivants. Un leader mort devient une icône que le temps pétrifie et que le pouvoir en place finit souvent par récupérer par des hommages hypocrites. Un leader vivant, lucide et protégé est une stratégie permanente de conquête et d'exercice du pouvoir.

Protéger Martin Fayulu et l'ensemble des figures de proue de l'alternance démocratique n'est ni un privilège ni un luxe partisan : c'est un acte de préservation du patrimoine politique national. La Résistance congolaise doit être intelligente, structurée et durable, et non sacrificielle. C'est à cette seule condition que les idées de justice, de dignité et de véritable souveraineté cesseront d'être enterrées avec ceux qui les portent pour enfin devenir la réalité institutionnelle de la République Démocratique du Congo.

Malgré son bilan en République démocratique du Congo (RDC), comment Azarias Ruberwa peut-il être une voie de reconstruction du CongoR ?

De la souffrance des Banyamulenge à la responsabilité collective : pour une citoyenneté congolaise réconciliée avec elle-même

La souffrance des Banyamulenge est aussi une souffrance congolaise. Mais la reconstruction du Congo exige davantage que des dénonciations sélectives. Elle appelle une vérité complète : sur les agressions extérieures, sur les responsabilités internes et sur les erreurs de tous les acteurs. Monsieur Ruberwa avait l'occasion d'ouvrir ce chemin. Pourquoi ne pas aller jusqu'au bout ?

Chronique et éclairage citoyen signés Lwakale Mubengay Bafwa

Ruberwa, la mémoire et la République : le courage de la vérité pour reconstruire le Congo

De la souffrance des Banyamulenge à la responsabilité collective : pour une citoyenneté congolaise réconciliée avec elle-même

Trente ans après le déclenchement des guerres qui ont bouleversé le destin de la RDC, la nation demeure prisonnière de ses blessures, de ses non-dits et de ses récits concurrents. Si le plaidoyer d'Azarias Ruberwa rappelle une part légitime de souffrance, peut-on bâtir l'avenir sans vérité intégrale, sans repentance républicaine et sans dénoncer toutes les agressions extérieures ?

La refondation du Congo exige de dépasser les mémoires communautaires pour consacrer cinq piliers essentiels : la vérité sans hiérarchie, la responsabilité de tous les acteurs, la citoyenneté pleine et entière, la souveraineté inaliénable et la refondation morale contre la prédation.

Chronique et éclairage citoyen signés Lwakale Mubengay Bafwa

Ruberwa, la réconciliation commence toujours par sa propre vérité et ses responsailités individuelles

De la souffrance des Banyamulenge à la responsabilité collective et reconstruction d'une citoyenneté congolaise réconciliée avec elle-même

Trente ans après le déclenchement des guerres qui ont bouleversé le destin de la République démocratique du Congo, la nation demeure prisonnière de ses blessures, de ses non-dits et de ses récits concurrents. Le récent plaidoyer d'Azarias Ruberwa pose une question essentielle : comment reconstruire le Congo ? Mais il en laisse une autre sans réponse : peut-on rebâtir la nation sans vérité, sans responsabilité et sans rupture explicite avec les logiques qui ont contribué à sa désintégration ? L'heure est venue de dépasser les mémoires communautaires pour ouvrir le chantier d'une reconstruction nationale fondée sur la justice, la souveraineté et une citoyenneté pleinement assumée.

Une parole nécessaire, mais incomplète

Ruberwa, votre habile intervention évoquant l'œuvre de Néhémie a eu le mérite de rappeler et de marteler avec panache une vérité criante que trop de Congolais refusent parfois d'entendre : la souffrance des Banyamulenge est aussi un supplice congolais. Aucune République, digne de ce nom, ne peut accepter qu'une partie de ses citoyens soit massacrée, déplacée, stigmatisée ou ostracisée en raison de son identité. Sur ce point, votre parole a été nécessaire.

Mais précisément parce que vous avez occupé les plus hautes fonctions de l'État et parce que vous vous présentez aujourd'hui comme un homme de sagesse, d’expérience, de foi et de réconciliation, beaucoup de Congolais attendent davantage de vous. Ils n'attendent pas seulement une dénonciation de la mal-gouvernance actuelle. Ils attendent une sentence historique - celle qui manque encore au Congo depuis des lustres : la repentance républicaine !

Le rendez-vous avec l'Histoire

Vous avez dénoncé les défaillances de Kinshasa. Vous avez évoqué les tragédies des Hauts Plateaux. Vous avez appelé à l'unité. Mais, expressément ou par oubli, vous avez laissé bien ouverte une question fondamentale :

Quelle est votre appréciation de l'œuvre politique, économique et militaire de Paul Kagame au Congo depuis 1996 ?

Car, pour des millions de Congolais, la destruction de l'État congolais n'est pas seulement le fruit de la perversion, de l’incurie et de la prévarication internes. Elle résulte également d'une succession d'interventions, de rébellions et de guerres soutenues de l'extérieur. Cette perception n'est plus un simple sentiment populaire. Elle s'est enracinée dans la mémoire collective du pays. Or, vous êtes l'une des rares personnalités capables de parler simultanément :

  • Aux Banyamulenge ;
  • Aux anciennes rébellions ;
  • Aux institutions congolaises ;
  • À la diaspora ;
  • À la communauté internationale.

Au vu de votre parcours, de votre bilan au Congo, votre silence sur cette question pèse donc davantage que celui de n'importe quel autre acteur.

Ce que la Nation attend

Le Congo n'attend pas de vous le reniement ou abandon de votre communauté, ni une banale auto-condamnation symbolique. Le Congo du proverbial Lumumba attend simplement un acte fort de salubrité politique et morale :

« Oui, les Banyamulenge sont pleinement Congolais !

Oui, ils ont subi des violences odieuses !

Mais rien ne peut justifier les agressions contre le Congo !

Rien ne peut justifier la destruction progressive de notre souveraineté !

Et rien ne peut justifier l'utilisation d'une communauté congolaise comme prétexte ou instrument d'un agenda extérieur ! »

Une telle déclaration changerait profondément la perception de votre combat et ouvrirait la voie à une véritable réconciliation et reconstruction du Congo.

La repentance politique qui libère

Le mot repentance effraie souvent en politique. Pourtant, loin d'être une auto-flagellation ou un aveu de faiblesse, la repentance républicaine est un acte de courage et de vérité historique. Aucune nation ne se reconstruit sans affronter ses propres vérités pour briser les griefs et les rancœurs accumulés depuis des décennies. Les Congolais n'ont pas seulement besoin de mémoire ; ils ont besoin de responsabilité. Tous les camps devraient être capables de formuler :

  1. Ce qu'ils ont subi ;
  2. Ce qu'ils ont commis ;
  3. Ce qu'ils regrettent ;
  4. Ce qu'ils refusent de reproduire.

Tous dans le même bateau ! Les dirigeants du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), les autorités de Kinshasa, les parrains régionaux, les chefs de guerre et les groupes armés doivent tous assumer la responsabilité morale des actes passés et présents, et s'engager fermement à ne plus jamais les perpétrer. Personne ne doit être exempté de cette exigence républicaine.

La grandeur d'un homme d'État ne réside pas dans son infaillibilité, mais dans sa capacité à reconnaître ce qui doit l'être pour offrir un avenir commun.

De l'interpellation individuelle à l'exigence collective

Si cet appel s'adresse aujourd'hui à Azarias Ruberwa en raison de son parcours singulier au Congo, le risque serait de faire de lui le seul dépositaire d'une vérité que toute la Nation dédaigne encore d'affronter directement. Pourtant, la réconciliation et la reconstruction du Congo requiert que l'ensemble des citoyens et des dirigeants réponde à ses propres contradictions lancinantes :

  • Avons-nous réellement construit une République juste ?
  • Avons-nous réellement protégé tous nos citoyens, sans distinction ?
  • Avons-nous réellement sanctionné les prédateurs de l'intérieur ?
  • Avons-nous réellement cherché à remplacer les nocives loyautés ethniques, tribales, communautaires et clientélistes par une citoyenneté éclairée ?

La République démocratique du Congo (RDC) dispose d'un territoire énorme, de ressources naturelles exceptionnelles, dont les minerais stratégiques les plus recherchés du moment (tantale, lithium, cobalt, cuivre, terres rares) indispensables à la transition énergétique et aux hautes technologies. Elle a un gros potentiel hydroélectrique, des terres arables infinies, forêts tropicales gigantesques ainsi qu'une population luxuriante et dynamique. Cependant, le Congo demeure tragiquement dans l’incapacité troublante d'assurer sa propre sécurité et la prospérité à son peuple. Ce paradoxe ramène à un constat central : le problème fondamental du Congo est un problème de gouvernance.

Il est donc impérieux et urgent de susciter l'émergence de bâtisseurs intègres et visionnaires, capables de dire toute la vérité pour briser la glace après des décennies d’errance pour, enfin, rassembler la Nation sur des bases saines.

Les cinq piliers d'une reconstruction réaliste

La refondation du Congo doit reposer sur cinq engagements fondamentaux :

  1. Vérité : reconnaître toutes les victimes, sans hiérarchie, sans concurrence mémorielle et sans sélectivité ;
  2. Responsabilité : soumettre sans exemption tous les acteurs à l'inventaire historique - Kinshasa, Kigali, les rébellions et les puissances étrangères ;
  3. Citoyenneté : reconnaître pleinement son statut d’appartenance à tout Congolais loyal à la République quelle que soit son origine ; sans exclure aucune communauté et aucune ne saurait être au-dessus de la Nation ;
  4. Souveraineté : refuser toute tutelle extérieure, quelle qu'en soit la provenance, la puissance ou le prestige de l'État qui la porte ;
  5. Refondation morale : la corruption, l'impunité, le clientélisme et la mal-gouvernance sont des écueils aussi graves que les agressions militaires, les combattre avec la même rigueur que ces invasions ennemies.

Le défi de notre génération

La génération de Lumumba a conquis l'indépendance. La génération des guerres a généré la fragmentation et la régression du Congo. Il en faut une pour assumer la responsabilité historique de reconstruire la Nation. Il vaut mieux que la génération actuelle en prenne une claire conscience et l’initie hic et nunc. C'est pourquoi la question adressée à Ruberwa pourrait devenir la question adressée à tous les acteurs politiques congolais aujourd'hui en lice :

Êtes-vous prêts à réclamer justice pour les crimes commis contre votre peuple, tout en ayant le courage de reconnaître les exactions perpétrées en votre nom ?

Le jour où cette question recevra une réponse sincère de Kinshasa, de Goma, de Bukavu, des anciens mouvements rebelles et des acteurs régionaux, le Congo commencera peut-être enfin à passer de la mémoire de la guerre à la politique de la reconstruction. Et c'est peut-être là la véritable leçon à tirer de la légende de l'histoire : les murailles ne se rebâtissent pas seulement avec des pierres. Elles se rebâtissent avec une vérité suffisamment courageuse pour permettre à d'anciens adversaires de recommencer à habiter la même cité.

Reconnaître les souffrances d’un groupe n'oblige pas à oublier celles imposées aux autres. Défendre une communauté n'autorise pas à taire les invasions de sa nation de filiation. Requérir la justice exige d'accepter la responsabilité. C'est à ce prix, et seulement à ce prix, que le Congo peut passer de la mémoire des guerres à la politique de la reconstruction. Et la reconstruction suppose :

  • une mémoire nationale ;
  • un travail historique sérieux ;
  • une reconnaissance de toutes les victimes ;
  • une lutte contre l'impunité.

Désigner un seul coupable c’est entretenir rancœur ; il s’agit de regarder l'ensemble du drame congolais. Une nation ne se reconstruit pas sur l'amnésie.

Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

À propos de l'auteur : Lwakale Mubengay Bafwa est un observateur engagé de l’actualité socio-politico-économique congolaise. À travers ses écrits et ses analyses, il milite pour la dignité du peuple congolais, pour la démocratie au Congo, une bonne gouvernance du pays, une gestion transparente des ressources du Congo, la souveraineté économique du pays et la fin des contrats extractivistes asymétriques…

Le Congo n'a plus besoin de témoins, mais de bâtisseurs

Le discours d'Azarias Ruberwa a eu le mérite de rappeler une vérité souvent ignorée : la souffrance des Banyamulenge est une souffrance congolaise. Mais à l'heure où le Congo vacille entre agression extérieure, crise de gouvernance et fragmentation du lien national, une question demeure : comment parler de réconciliation sans regarder en face toutes les responsabilités ? En choisissant de dénoncer les défaillances de Kinshasa sans nommer clairement le rôle historique de Kigali ni interroger son propre parcours politique, Ruberwa est-il passé à côté d'un rendez-vous avec l'Histoire ? Plus qu'une réponse à un homme, cette réflexion se veut une invitation adressée à tous les acteurs congolais : transformer enfin les mémoires concurrentes de la guerre en un projet commun de reconstruction nationale.

Après les guerres, la réconciliation et la reconstruction : l'heure de vérité pour la Nation congolaise

Le Congo n'a pas seulement besoin de témoins de ses tragédies. Il a besoin de bâtisseurs capables de dire toute la vérité. En appelant à l'unité et à la reconstruction sans se prononcer clairement sur l'œuvre déstabilisatrice du régime de Paul Kagame ni sur les responsabilités des acteurs des guerres qui ont ravagé le pays depuis 1996, Azarias Ruberwa a laissé inachevé un discours pourtant porteur d'espoir. Car la reconstruction du Congo ne naîtra ni du silence, ni de la mémoire sélective, mais d'une vérité partagée, d'une responsabilité assumée et d'une citoyenneté réconciliée avec elle-même.

Ruberwa, aucune nation ne se reconstruit sur l'amnésie ou la sélectivité mémorielle !

Trente ans après le déclenchement des guerres qui ont bouleversé le destin de la République démocratique du Congo, la nation demeure prisonnière de ses blessures, de ses non-dits et de ses récits concurrents. Le récent plaidoyer d'Azarias Ruberwa pose une question essentielle : comment reconstruire le Congo ? Mais il en laisse une autre sans réponse : peut-on rebâtir la nation sans vérité, sans responsabilité et sans rupture explicite avec les logiques qui ont contribué à sa désintégration ? L'heure est venue de dépasser les mémoires communautaires pour ouvrir le chantier d'une reconstruction nationale fondée sur la justice, la souveraineté et une citoyenneté pleinement assumée.

De la chique Bisengimana au cancer Ruberwa, ingénierie tutsiphone à l’assaut du Congo

Entre ingénierie juridique, sémantique identitaire et conquête par les armes, l'accès des élites rwandophones aux leviers du pouvoir en RDC a répondu à une stratégie en trois phases clés. Alors que la confusion fait rage sur la blogosphère politique, cette analyse dissocie rigoureusement l'agenda des stratèges politiques de la détresse des civils, et propose un cadre juridique inattaquable pour restaurer la souveraineté républicaine.

Les quatre phases de l'ingénierie tutsiphone à l’assaut de l’Etat congolais

D’une question mal posée à une réponse mal interprétée, un débat surréaliste enflamme désormais la blogosphère politique congolaise. Car, la question des « Banyamulenges » et, plus largement, des figures politiques rwandophones au Congo, revient aujourd’hui au centre du débat national. Des vidéos circulent massivement - où l’on voit des intervenants tenter de redéfinir la nationalité congolaise, les origines, les territoires, et où Azarias Ruberwa attaque Martin Fayulu sur l’histoire et l’ethnicité. Tout cela illustre une confusion profonde.

Mais, cette confusion n’est pas accidentelle. Elle est le résultat d’un processus historique en trois phases, chacune portée par une figure emblématique, chacune utilisant une stratégie différente pour s’inscrire dans l’État congolais.

Trois phases descriptibles par trois métaphores biologiques humainement expérimentées du parasitisme : l’incrustation administrative avec la chique, l’hirudination identitaire avec la sangsue, et la phagocytose politique.

La chique et l’incrustation silencieuse : Bisengimana et l'ingénierie légale

Barthélémy Bisengimana Rwema (1969–1977) n'était pas un chef militaire, mais un technocrate d'une intelligence redoutable. Premier diplômé ingénieur de l'Université de Lovanium (1961), il devient le tout-puissant Directeur de cabinet de Mobutu. C’est delà qu’il utilise la centralisation absolue du pouvoir mobutiste pour sécuriser le statut juridique des populations rwandophones du Kivu. Il s’impose ainsi comme le premier architecte discret de l’intégration et de l’incrustation rwandophones dans la haute administration congolaise.

Dans les années 1960–1970, les acteurs rwandophones ont déjà une vision sur l’Etat congolais ; cependant, ils ne cherchent pas encore à conquérir le pays. Ils se contentent d’abord de s’incruster dans l’appareil administratif ; comme une chique qui s’attache à la peau sans provoquer immédiatement de douleur.

Bisengimana Rwema utilise alors subtilement sa position stratégique pour :

  • influencer les nominations ;
  • structurer des réseaux administratifs ;
  • légitimer la présence rwandophone ;
  • préparer l’ordonnance de 1971 qui accorde la nationalité congolaise aux populations venues du Rwanda et du Burundi ; ils sont, tous, des Tutsis.

Cette ordonnance est le premier basculement majeur : elle transforme une présence migratoire en présence légale. Bisengimana = incrustation. C’est lui qui a réussi à créer la brèche. Il ouvre la porte d’entrée et la laisse béante…

La sangsue, l’aspiration économique et territoriale : Gisaro et l'autochtonie identitaire

L'honorable Frédéric Isaac Gisaro Muhoza (1970–1980) représente le premier leadership intellectuel issu spécifiquement des Hauts-Plateaux du Sud-Kivu. Licencié en psychologie, il est coopté Commissaire du peuple (député) d'Uvira en 1970 sous le régime du parti unique de Mobutu Sese Seko Ngbendu wa Za Banga (Joseph-Désiré Mobutu) : Mouvement populaire de la révolution (MPR).

Dans les années 1980–1990, les acteurs structurants rwandophones passent de l’incrustation à l’aspiration, à la manière des sangsues. Gisaro, notamment, n’est pas un administrateur : il est un aspirateur de ressources, un acteur économique et territorial qui se fixe sur les réseaux commerciaux, fonciers et transfrontaliers. Néanmoins, son apport le plus décisif sera identitaire.

L’ancrage identitaire : Gisaro, père politique du terme « Banyamulenge »

C’est sous son influence que l’ethnonyme « Banyamulenge » est formalisé au niveau officiel, pour désigner les populations tutsies installées sur les hauts plateaux du Sud-Kivu. Ce geste n’est pas anodin : il transforme une communauté migrante en communauté identifiée, une identité locale en identité politique, une présence communautaire en autochtonie revendiquée.

Gisaro impose l’idée que les « Banyamulenge » sont autochtones du sol zaïrois, une affirmation qui deviendra depuis lors un pilier des revendications ultérieures - notamment celles portées par Ruberwa et les rébellions armées.

Les leviers de Gisaro :

  • réseaux économiques transfrontaliers ;
  • alliances territoriales ;
  • influence sur les chefferies ;
  • construction d’un récit identitaire cohérent…

Étape franchie grâce à lui :

  • Consolidation économique,
  • Ancrage territorial,
  • Institutionnalisation identitaire,
  • Autochtonie revendiquée,
  • Préparation du terrain pour la militarisation et la politisation future…

Gisaro = aspiration douce ; un peu à la manière de la sangsue. Il transforme la présence territoriale légale en pouvoir économique, puis en identité politique.

La phagocytose politique : Ruberwa et la légitimation par les armes

Azarias Ruberwa Manywa (1994–2026), d’étudiant réfugié rwandais à la vice-présidence de la République (AFDL → RCD → Vice-président → Ministre d’État), apparaît dans un contexte d'effondrement entamé et avancé de l'État zaïrois et d'escalade militaire régionale consécutive au Génocide rwandais. Avocat de formation à Lubumbashi, son ascension s'opère par la rébellion armée et demeure ainsi l’une des figures les plus controversées de la Galaxie.

Avec Ruberwa, en effet, nous entrons dans une phase totalement différente. Il n’est ni une chique (agent extérieur incrusté), ni une sangsue (agent extérieur aspirant). Il est un véritable acteur interne – un cancer -, né politiquement dans l’État congolais, qui utilise ses mécanismes pour les reprogrammer.

La phagocytose politique : engloutir, digérer, reprogrammer

Dans la phagocytose normale, une cellule engloutit un élément étranger pour le détruire. Mais dans certains cas pathologiques, la cellule engloutit l’hôte lui-même, elle digère ses composants, et elle les réintègre pour se multiplier. C’est exactement ce à quoi Ruberwa va s’appliquer tout au long de son parcours :

  • Engloutir les discours nationaux : nationalité, territoire, autochtonie, histoire (comme dans des vidéos où il attaque Fayulu) ;
  • Digérer les crises politiques : AFDL, RCD, transition 2003–2006 ;
  • Réintégrer les leviers institutionnels : vice-présidence, ministères, réseaux administratifs ;
  • Reprogrammer l’État : Minembwe, discours victimaire, revendications identitaires ;
  • Proliférer dans les zones faibles : vacuums institutionnels, conflits à l’Est, dialogues politiques inter-congolais…

Ruberwa = phagocytose politique. Il a réussi à transformer l’État de l’intérieur.

Incise comparative : nationalité d’origine et reconnaissance des groupes (France, Belgique, Congo)

Le débat sur les « Banyamulenge » repose sur une confusion fondamentale : la nationalité d’origine n’est pas une identité collective, et la reconnaissance des groupes n’est jamais accordée à des communautés issues de migrations récentes. Pour mieux clarifier cette complexité juridique, il faut comparer le Congo à des pays où vivent de nombreux Congolais - la France et la Belgique :

  1. France, nationalité individuelle, autochtonie historique : en effet, la France reconnaît des régions historiques (Bretagne, Alsace), des peuples autochtones ultramarins (Kanak), mais aucune communauté migrante en France n’a le statut de peuple autochtone ni de nation. Même si 200 000 Congolais vivent en France, ils ne deviennent pas une collectivité française autochtone. Ils ne peuvent pas exiger la nationalité collective ;
  2. Belgique, même logique, et encore plus stricte : effectivement, la Belgique reconnaît les Flamands, Wallons, Bruxellois, Germanophones - comme des communautés historiques. Les groupes migrants, même très copieux, à l’instar des Marocains, ne deviendront jamais des peuples belges ;
  3. Congo, nationalité individuelle, peuples autochtones de 1960 : la RDC reconnaît les peuples présents sur son sol en 1960. Elle ne reconnaît pas des communautés migrantes comme tribus ou collectivités autochtones ;
  4. L’apport de Gisaro, l’autochtonie imposée : Gisaro a tenté ce qu’aucun État occidental n’a jamais accepté sur son territoire : transformer une migration en autochtonie. C’est bien ce geste qui a préparé la phase mouvementée et explosive de la phagocytose politique avec Ruberwa.

Responsabilité morale et souffrances partagées

Au-delà des stratégies politiques, « Banyamulenge » et Congolais subissent tous, après tout, la même tragédie humaine fort excessive et pourtant évitable ! Tant de vies humaines sacrifiées ! Et la vie humaine, elle, ne ment pas, constat :

  • des Tutsis congolais qui se sentent marginalisés, menacés, incompris ;
  • des Congolais qui se sentent envahis, dépossédés, trahis ;
  • des leaders qui s’accusent mutuellement d’avoir “allumé la mèche” ;
  • des populations qui souffrent, qui fuient, qui enterrent leurs morts.
  1. Les souffrances des Tutsis congolais sont connues et dénombrables :
  • des massacres,
  • des déplacements,
  • des blocus humanitaires,
  • des amalgames entre civils et groupes armés.

Cette souffrance est réelle. Elle doit être reconnue, combattue et stoppée.

  1. La souffrance des Congolais est aussi réelle et dure depuis trois décennies :
  • des guerres,
  • des invasions,
  • des rébellions,
  • des millions de morts,
  • des millions de déplacés…

Cette souffrance est immense. Elle doit être reconnue, combattue et stoppée.

  1. La responsabilité morale, tenir ensemble les deux souffrances : reconnaître l’un n’efface pas l’autre. Reconnaître l’un oblige à reconnaître l’autre.
  2. Le piège politique, transformer la souffrance en arme : sur le web, nombreuses vidéos montrent comment la douleur devient un outil politique, un argument identitaire, un levier de reprogrammation. Voilà le piège à éviter !
  3. La voie morale, sortir du piège, reconnaître les vies : chaque vie humaine compte. Chaque souffrance mérite reconnaissance et empathie. Et, aucune stratégie politique ne doit instrumentaliser la douleur des populations !

Comprendre, reconnaître, reconstruire

L’ascension rwandophone au Congo n’est donc pas une coïncidence accidentelle. Elle est le résultat d’un processus orchestré en trois phases :

  • Bisengimana : incrustation (chique) ;
  • Gisaro : aspiration + autochtonie (sangsue) ;
  • Ruberwa : phagocytose politique (reprogrammation interne).

Comprendre ces dynamiques n’est pas un acte de rejet. C’est un acte de lucidité. Car, un pays ne peut se reconstruire qu’en identifiant les mécanismes qui ont reprogrammé son histoire, ses institutions et ses discours.

La question n’est pas de marginaliser. La question est de clarifier et agir, pour que le Congo retrouve son équilibre, sa cohérence, et sa souveraineté…

Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

À propos de l'auteur : Lwakale Mubengay Bafwa est un observateur engagé de l’actualité socio-politico-économique congolaise. À travers ses écrits et ses analyses, il milite pour la dignité du peuple congolais, pour la démocratie au Congo, une bonne gouvernance du pays, une gestion transparente des ressources du Congo, la souveraineté économique du pays et la fin des contrats extractivistes asymétriques…

Le paradoxe de Lobito et d'Inga, ou l'urgence de briser le piège de « l'immédiateté »

Alors que l'Accord d'exploitation du Corridor de Lobito redessine la carte logistique de l'Afrique centrale, une question s'impose : la RDC va-t-elle une fois de plus se contenter d'être vidée de ses minerais bruts sans transformation locale ? Et comment expliquer notre déficit grandissant en infrastructures et électricité face aux 100 000 MW de potentiel du fleuve Congo ?

Derrière le mirage du Corridor de Lobito, le piège de la péjoration du sous-développement du Congo

 

La République démocratique du Congo (RDC) continue de nourrir un paradoxe unique et tragique : celui d’un pays qualifié de « scandale géologique et énergétique » qui troque pourtant ses richesses stratégiques à long terme contre des solutions logistiques immédiates, tout en restant plongé dans le noir. De la signature historique des Accords de Washington jusqu’au récent Accord d’exploitation du Corridor de Lobito, deux constantes demeurent : Kinshasa négocie en position de faiblesse structurelle et privilégie l’approche de « gains rapides » (quick wins), dont la gestion reste une vraie problématique.

La complémentarité planifiée (et non l'exclusion), notamment avec le port en eau profonde de Banana, n’apparaît clairement nulle part ; encore moins dans les préoccupations concrètes du Vice-premier ministre et ministre de l'Économie nationale Daniel Mukoko Samba. En déclarant que le Corridor de Lobito est un « projet catalyseur et déclencheur » (capable de transformer structurellement l'économie congolaise), Mukoko Samba oublie que le développement des infrastructures souveraines nationales (comme l'axe ferroviaire reliant le Katanga au port en eau profonde de Banana sur l'océan Atlantique congolais) serait le véritable facteur catalyseur du décollage et du développement.  Pour éclairer l’opinion publique, il est urgent de décoder les rouages de cette asymétrie et de tracer une voie vers une souveraineté réelle.

 

⚠️Le piège géopolitique : minerais contre sécurité

Pourquoi la RDC signe-t-elle assidûment des accords jugés économiquement désavantageux vis-à-vis du Congo ? La réponse ne relève pas d'une simple faiblesse managériale, mais d'une doctrine de survie : le troc des ressources contre la sécurité. Face à l'instabilité persistante à l’Est, le pouvoir politique utilise son sous-sol comme un levier diplomatique. En liant l'accès aux minerais critiques (cuivre, cobalt, lithium) aux intérêts des superpuissances, notamment à travers le prisme de la rivalité sino-américaine, Kinshasa cherche avant tout une protection et un appui militaire. Dans cette équation, la rentabilité financière à long terme est systématiquement sacrifiée sur l'autel de la survie immédiate du régime et de la stabilisation du territoire.

📌 Le dilemme de Lobito : prospérité de l'Angola face à l'asphyxie du Congo

L'accord sur l’exploitation du Corridor de Lobito illustre parfaitement ce dilemme auquel le Congo est forcément confronté. L’Angola, puissance régionale stable et dotée d’infrastructures fonctionnelles, s'impose comme le partenaire incontournable d'une RDC logistiquement asphyxiée. Faut-il s’indigner d'une concession de 30 ans accordée à un consortium étranger ?

Certainement oui ; cependant, le réalisme économique impose une nuance :

  • L’alternative interne : même si investir dans les infrastructures c’est préparer l’avenir, relier par rail le Katanga au port congolais de Banana nécessiterait des décennies et des milliards de dollars que l’État n’a pas ;
  • L’option Lobito : réduit le transport des minerais de plus d’un mois à une semaine de manière immédiate ; mais laisse croître le retard congolais.

Toutefois, ce n’est même pas un risque réel, c’est une certitude que l’écart de modernisation par rapport à ses voisins va s’accentuer pour le Congo. En plus, si ce rail ne sert qu’à vider le sous-sol congolais pour enrichir les industries de transformation étrangères, la RDC aura validé et aggravé une nouvelle forme de sa dépendance. Pour que Lobito soit une réussite, le corridor doit impérativement devenir multisectoriel : transporter nos produits agricoles, désenclaver les provinces intérieures et garantir les retombées locales négociées (les 10 % de parts de la RDC et la redevance de 7,5 % sur le chiffre d'affaires). Parallèlement, le chantier de développement des infrastructures souveraines nationales, notamment l'axe ferroviaire reliant le Katanga au port de Banana ainsi qu’à l’espace du Grand-Kasaï et Bandundu, doit s'ouvrir…

 

📈 Le grand mensonge énergétique : le mirage d'Inga

Le volet le plus pénalisant de cette crise reste le déficit en électricité, véritable strangulation pour toute tentative d’industrialisation locale. Comment accepter que le pays possédant le deuxième potentiel hydroélectrique mondial (100 000 MW) affiche un taux national d'accès dérisoire de 10 % ?

L'opinion doit comprendre que ce fardeau repose sur trois faillites majeures :

  1. L’obsession d’Inga : liée à l'hyper-centralisation du système, la focalisation de l'État sur des méga-projets bloqués par des négociations internationales interminables (Inga 3) a conduit à l'abandon total des investissements dans des micro-centrales locales et de proximité ;
  2. Le monopole manqué : la faillite historique et technique de la Société nationale d'électricité (SNEL), incapable de maintenir le réseau ou de limiter des pertes en ligne colossales (30 à 40 % de l'énergie produite) ;
  3. La priorité minière : l'électricité disponible est massivement captée par les multinationales du Grand Katanga pour alimenter l'extraction brute, au détriment des ménages et des industries de transformation locale…

💡Pour un sursaut patriotique et pragmatique

Le Congo ne peut sortir de ce cycle de contrats désavantageux à lui-même qu'en brisant la fatalité de l'extraction brute. Le gouvernement congolais doit cesser de voir ses infrastructures et son énergie uniquement à travers le prisme des besoins des acheteurs étrangers. Il est plus que temps d'imposer :

  • Une décentralisation énergétique agressive : en appliquant pleinement la libéralisation du secteur permettant aux opérateurs privés de bâtir des parcs solaires et des mini-barrages hydroélectriques directement reliés aux futures zones industrielles le long du Corridor de Lobito ;
  • Le renforcement des capacités de négociation : le déficit est flagrant, il faut créer un corps d'experts nationaux (juristes, financiers, ingénieurs) capables de rivaliser avec les multinationales pour verrouiller les clauses de transformation locale des minerais avant toute exportation…

Ces grands projets d’économie extravertie ont déjà assez gravement pénalisé le Congo. Il est urgent de transformer, enfin, les immenses richesses du pays en véritables moteurs de développement pour sa population, au lieu de laisser ces ressources servir uniquement les intérêts extérieurs. Le Corridor de Lobito et les potentialités d'Inga ne doivent plus être les symboles de notre spoliation, mais les fondations d'un Congo moderne, connecté et enfin éclairé.

Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

À propos de l'auteur : Lwakale Mubengay Bafwa est un observateur engagé de l’actualité socio-économique congolaise. À travers ses écrits et ses analyses, il milite pour une gestion transparente des ressources du Congo, la souveraineté économique du pays et la fin des contrats extractivistes asymétriques…